Observateurs des champs
Loin des villes et de leur débauche de lumière gaspillée vers le ciel, l'observateur des champs bénéficie d'un panorama exceptionnel sur les étoiles. Outre la Lune et les planètes, qu'il peut étudier à loisir, il dispose d'une fenêtre grande ouverte sur l'Univers. Cachés entre les étoiles, trop faibles pour être visibles à l'oeil nu, des milliers d'amas d'étoiles, de nébuleuses et de galaxies attendent l'astronome et son télescope. Nuit après nuit, il apprendra à saisir leur pâle lueur, vieille de milliers ou de millions d'années !
Quel télescope choisir ?
Si vous êtes observateur des champs, vous pourrez vous permettre de choisir l'instrument le mieux adapté à votre sujet de prédilection. Vous ne jurez que par la Lune et les planètes ? Une lunette de bonne qualité, identique à celle de l'observateur des villes, conviendra parfaitement. Vous souhaitez explorer les nébuleuses et les galaxies lointaines ? Le diamètre de l'optique devient décisif ! Il faut en effet emmagasiner le plus de lumière possible pour entrevoir ces faibles tâches diffuses. La luminosité d'un instrument augmente comme le carré du diamètre : un miroir de 200 mm collecte 4 fois plus de lumière qu'un autre de 100 mm ! Un télescope Newton de 150 à 200 mm d'ouverture vous donnera déjà une grande satisfaction pour un prix raisonnable.
Une monture azimutale de type Dobson, simple à manipuler, convient très bien dans la mesure où vous n’envisagez pas de vous lancer dans la prise de vue. Dans le cas contraire, une monture équatoriale stable et motorisée devient indispensable… Sans oublier tout le système de guidage. Si votre budget vous permet d'envisager l’achat d’un télescope de grande ouverture, les Schmidt-Cassegrain offrent de bonnes performances pour un encombrement réduit. Leur polyvalence vous garantira des images de bonne qualité des objets du ciel profond comme des planètes. Pour l’observation du ciel profond, un oculaire à très grand champ permet d’embrasser de vastes régions stellaires. Par ailleurs, il existe des filtres spéciaux qui accroissent le contraste de certaines nébuleuses de manière très spectaculaire, même sous un ciel parfaitement noir.
Quelques conseils
Profiter pleinement d’un ciel bien noir de campagne requiert quelques précautions. Il faut tout d’abord vous assurer que la Lune ne va pas venir perturber vos observations : il est impossible d’observer les objets faibles lorsqu’une Lune gibbeuse ou pleine rôde dans le ciel ! La seconde étape consiste à laisser vos yeux s’acclimater au moins 10 à 20 minutes à l’obscurité. Mettez à profit cette période d’accommodation pour vérifier la transparence du ciel. Cette dernière joue un grand rôle dans l’observation des nébuleuses et des galaxies. Même loin de toute source de pollution lumineuse, un ciel brumeux, s’il convient parfaitement à l’observation des planètes, ne vous donnera pas grande satisfaction sur les objets faiblement lumineux.
La visibilité à l’œil nu de l’amas d’Hercule, de la galaxie d’Andromède ou l’amas des Pléiades vous renseignera sur la pureté du ciel. Une fois votre pupille grande ouverte, préservez-la à tout prix en évitant tout éblouissement intempestif. La lecture des cartes et atlas nécessaires à l’orientation dans le ciel ne doit se faire qu’à l’aide de lampes de poche peu puissantes et filtrées à l’aide d’un papier rouge. Songez qu’allumer quelques minutes une lampe sous ses yeux revient, en diaphragmant la pupille, à réduire notablement les capacités de votre télescope ! Par ailleurs, en utilisant la technique de la " vision décalée ", qui consiste à ne pas fixer directement l’objet mais à regarder légèrement à côté, vous serez en mesure de discerner des détails qui échapperaient à d’autres observateurs.
Sans le rideau de pollution lumineuse des villes qui masque les étoiles, la nuit étoilée retrouve toute sa beauté et sa profondeur. Même à l’œil nu, la tapisserie cosmique a de quoi donner le vertige. La Voie lactée étend ses volutes argentées dans le ciel d’été, la moindre étoile filante attire le regard, même la lumière zodiacale allonge parfois son fuseau le long de l’écliptique… Dans des jumelles lumineuses, tantôt la lueur diffuse d’une nébuleuse, tantôt le scintillement d’un petit amas d’étoiles deviennent source d’émerveillement. Avec un télescope, ces objets prennent d’autant plus d’ampleur que le diamètre est important. Même au plus faible grossissement, les amas ouverts, agglomération de plusieurs dizaines ou centaines d’étoiles jeunes, brillent comme écrins entrouverts sur le velours du ciel.
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| Dumbell près du triangle d'été. |
Le double amas de Persée. |
Les amas globulaires, plus compacts et plus riches, sont plus difficiles à résoudre en étoile. Ils prennent l’aspect de boules de neige lumineuses mais floues dans les petits instruments et seuls de plus gros télescopes peuvent en révéler toute la richesse. Un oculaire à grand champ s’avère souvent nécessaire pour capturer dans leur ensemble les nébuleuses diffuses, ces nuages de gaz et de poussières qui jalonnent les bras de notre Galaxie.
Les nébuleuses planétaires, coquilles de gaz expulsées dans l’espace par des étoiles à l’agonie, sont petites mais généralement brillantes. L’étoile au centre de la nébuleuse est parfois visible, tout comme la délicate couleur vert émeraude du disque. Dans les télescopes d’amateurs, les galaxies, véritables Univers-îles, se comptent déjà par milliers. Les plus captivantes sont les galaxies spirales. Si leur noyau est brillant, leur structure se cache pudiquement dans la faible lueur de leur surface. Un télescope de 200mm d’ouverture permet pourtant, dans d’excellentes conditions, de deviner les bras spiraux de quelques-unes des plus brillantes.
Emmanuel Baudoin
Crédits photo : E. Beaudouin/Ciel & Espace